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Les jeunes pousses des Jardins de Riez

Parmi ces diverses actions, l’association Les Bouillonnantes organise des visites de ferme et temps d’échanges entre les Chefs du bassin nantais et les paysans et artisans de la région. Nous vous racontons ici ces rencontres.

Date : 26/04/2021
Texte : Ewan Le Pollès
Photographie : Les Bouillonnantes & Les Jardins de Riez

À Saint-Hilaire-de-Riez, en Vendée, Isabelle Routurier et son mari Michel cultivent des jeunes pousses de salade et des fines herbes, faisant ainsi perdurer une histoire familiale maraîchère de quatre générations.
Depuis maintenant trois ans, les Jardins de Riez sont certifiés bio, un aboutissement naturel pour ces terres en agriculture raisonnée depuis de nombreuses années.

Les fines herbes

Dans les années 80, le père d’Isabelle donne l’impulsion et s’oriente vers les fines herbes, puis vers les jeunes pousses de salade. Aujourd’hui, c’est sur 3 hectares de serres habillées de panneaux solaires que s’étendent les Jardins de Riez.
La culture des herbes aromatiques variées (menthe, basilic vert, pourpre et thaï, ciboulail, ciboulette, estragon, coriandre, persil, verveine citronnelle, romarin, origan…) a survécu malgré l’arrivée d’une production plus industrielle sur le marché.

Il y a une quinzaine d’années, les fines herbes représentaient 80% du chiffre d’affaires de la famille. Puis l’industrie, qui s’intéressait à ce marché, s’est alors tournée vers le Maroc. Les prix ne nous correspondaient plus, ils nous demandaient d’acheter au Maroc, pour reconditionner et ainsi distribuer toute l’année. L’achat-revente, ce n’était pas notre métier.

Depuis, les aromates occupent certes une place moindre mais subsistent pour répondre à la demande de la restauration locale.  

Des jeunes pousses

Du côté jeunes pousses, les Jardins de Riez ont diversifiés leurs productions pour créer des mélanges variés et originaux. Le pourpier d’hiver, également appelé Claytone de Cuba (photo ci-dessous) et dont les pousses sont reconnaissables aux petites fleurs blanches qui décorent la plante est associé à la roquette sauvage, aux pousses d’épinard, de blette, de betterave, et au mizuna pour confectionner le mélange asiatique. Le pourpier d’été, qui offre une feuille un peu plus grasse, prend le relais en saison.
La moutarde rouge Métis se détache par ses feuilles violacées et son goût piquant, tandis que la criste marine et la plante huître offrent des notes iodées. On retrouve là aussi de la ficoïde glaciale, plante aux feuilles grasses et au goût iodé et rafraîchissant, tout comme la cordifole, qui amène, quant à elle, une pointe d’acidité. 

Réagir aux changements

Majoritairement, les Jardins de Riez exportent leurs produits fraîchement coupés du matin vers le grand marché professionnel de Rungis. Mais depuis mars 2020, ils n’échappent pas à la baisse de demande due à la crise sanitaire.
” En temps normal, on assure une livraison par jour, actuellement on est seulement sur deux livraisons par semaine” déplore Isabelle. 

La maraîchère constate, par ailleurs, l’impact réel des tendances alimentaires sur le travail des producteurs, les obligeant, au fil des saisons, à adapter leur production en fonction de qui séduit alors les chefs. Si la sauge a le vent en poupe, certaines variétés sont boudées. “Pourquoi vous n’utilisez plus d’oseille en cuisine ?” s’étonne Isabelle. “Avant on faisait 50 bottes par jour, alors que là, rien ! Il faut croire que les Chefs en ont eu marre du saumon à l’oseille”. Pour regagner le cœur des chefs, ils ont planté une oseille plus foncée et rougeâtre, preuve, s’il en fallait, que les producteurs ont un rôle à jouer dans la découverte de nouvelles variétés.

La conversion à l’agriculture biologique

Au départ, convertir l’exploitation au bio n’a pas été chose simple nous précise Isabelle.

Il y a 6 ans, lorsque l’on a fait part de notre envie de passer en agriculture biologique, les équipes de Rungis n’ont pas compris la démarche. Pour eux, nous avions déjà nos clients et seul le prix comptait. Ils ne voyaient pas l’intérêt de passer en bio.

C’est l’ouverture du pavillon bio en 2015 qui incitera le couple à initier cette conversion et à suivre leurs ambitions. “Pour nous, passer en bio n’a pas été une démarche compliquée. Désinfection des sols à la vapeur, désherbage à la main… ce sont des choses que l’on faisait déjà avant”, précise Isabelle, qui note quand même une baisse de rendement. 

Poursuivre le travail initié

En février 2020, l’exploitation est entièrement passée en agriculture biologique. Au vu du timing quelque peu compliqué, cela les a poussé à fournir les magasins bios de la région.

C’est vrai qu’avec la pandémie on a eu une année compliquée. Mais qu’est-ce qu’on a pu faire comme rencontres intéressantes ! Et de l’humain ! 

Mais les équipes rencontres de nombreuses difficultés logistiques pour travailler en circuits courts. L’exploitation est située à un peu plus d’une heure de la Cité des Ducs, et pourtant elle n’approvisionne directement aucun client sur Nantes. “Nantes, ça fait 30 ans qu’on essaye. On n’a personne. Nous avons un restaurateur situé à La Baule qui achète nos produits, mais il s’approvisionne à Rungis.”, ajoute-t-elle.

Approchant peu à peu de l’âge de la retraite, Isabelle et son mari pensent à la transmission de leur exploitation et de leur savoir-faire. Un réel défi tant il est de plus en plus difficile pour les producteurs de trouver des repreneurs. “Ça serait dur de travailler avec des gens depuis 30 ans, et de devoir leur dire qu’on les lâche car il n’y aurait pas de repreneur…”

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