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L’Étable Nantaise, un projet local et collectif tourné vers l’avenir

Parmi ces diverses actions, l’association Les Bouillonnantes organise des visites chez des artisans et temps d’échanges entre les Chefs du bassin nantais et les paysans et artisans de la région. Nous vous racontons ici ces rencontres.

Date : 02/11/2021
Texte : Manuella Constantini & Laurence Goubet
Photographies : Paul Stefanaggi

Depuis 2 ans, avec le soutien des collectivités, Benoit Rolland, éleveur de vache nantaise à la Ferme des 9 journaux à Bouguenais, Jean-Pierre Legendre, ancien maire de Brains et ancien vice-président de Nantes-Métropole et Olivier Paressant, également éleveur, ont constitué un troupeau complémentaire de vaches nantaises qui pâturent en cœur de ville, sur des zones sensibles ou de futures zones résidentielles et répondent par ce biais à de nombreux enjeux : ramener la nature en ville, entretenir les espaces, promouvoir cette race locale, soutenir l’installation de jeunes éleveurs…

Satisfaits des premiers résultats, en septembre dernier, par une belle journée ensoleillée, ils donnaient rendez-vous aux curieux, partenaires, riverains, élus… dans l’une de ces prairies, au bois des Anses à l’Est de Nantes, pour expliquer, impliquer et échanger autour de la structuration de cette Étable Nantaise.

Sauvegarder et promouvoir la vache nantaise par les circuits courts

Initié par l’association La Vache Nantaise et mûri depuis 2015, le projet de l’Étable Nantaise vise à valoriser et développer à long terme une filière de vache nantaise, une race locale, rustique et particulièrement adaptée au territoire. Une filière vertueuse qui prend en compte tant ses spécificités de l’animal que les problématiques environnementales et sociales actuelles.

Espèce menacée ayant presque failli disparaître, la vache nantaise ne doit sa survie qu’à quelques éleveurs engagés qui ont vu en elle la possibilité de promouvoir un nouveau modèle paysan vertueux, autonome et indépendant (nous vous en parlions ici)

Grâce à ce programme de sauvegarde, débuté en 1968, les effectifs ont été remontés, tout en veillant à conserver les qualités des animaux. Parallèlement, les éleveurs ont travaillé à l’élaboration d’un modèle type, avec ses propres repères technico-économiques afin de prouver qu’il était possible de concevoir un élevage extensif, à taille humaine, viable économiquement et cohérent au niveau du territoire, de l’écologie et du bien-manger.

L’un des éléments essentiels de cette méthode éprouvée est la nécessité pour chaque ferme de vendre au maximum ses produits à travers les circuits courts (race peu reconnue des marchés industriels, leur viande goûteuse et particulièrement persillée est malheureusement déclassée par les filières longues).

Grâce à cette proximité avec les consommateurs, la vache nantaise est aujourd’hui devenue un symbole d’autonomie alimentaire à l’échelle du territoire, mise sur le devant de la scène par les bouchers et chefs les plus engagés. 

Désormais, les éleveurs voient en elle un animal qui répond aux préoccupations des néoruraux et des urbains qui tendent à baisser leur consommation de viande pour favoriser une viande de qualité.

Un projet à long terme

Par son ambition collective, l’Étable Nantaise souhaite permettre à de jeunes et futurs éleveurs de se spécialiser ou d’accueillir dans leur troupeau des vaches nantaises et ainsi de mettre en place ce modèle entrepreneurial et agricole valorisant et viable.

Mais s’installer en vache nantaise nécessite de pouvoir trouver des vaches. Étant encore peu nombreuses, il faut, pour cela, compter environ 10 ans pour constituer un troupeau d’une quarantaine de têtes. 

Nos vaches ne font qu’un veau chaque année donc c’est un projet qui va aller doucement, nous n’allons pas faire de transplantation embryonnaire pour développer les vaches nantaises. Précise Benoit Rolland

C’est en partie pour répondre à cette problématique que l’Association de la Vache Nantaise a eu l’idée de construire une étable et de former un “troupeau de réserve”, avec l’appui d’un ou deux salariés. À termes, cette Étable Nantaise devrait bénéficier de 150 à 200 hectares de pâturages qui verront paître 100 à 150 animaux. Ce afin de permettre d’installer 2 à 4 nouveaux éleveurs par an en Loire-Atlantique.

Les porteurs de projet envisagent pour cela la construction de 3 bâtiments. L’un d’eux serait mis à disposition du lycée agricole de Saint-Herblain afin de servir de support à une formation de production animale (aujourd’hui inexistante dans ce lycée) avec la volonté de dynamiser le renouvellement des générations et de favoriser l’installation de fermes vertueuses, à taille humaine. Un second bâtiment serait installé sur la Ferme des 9 journaux afin de pouvoir accueillir les bêtes les plus fragiles nécessitant un suivi plus important. Et un troisième bâtiment verrait probablement le jour aux Bois des Anses afin d’accueillir les bovins pendant les mois les plus froids de l’hiver et serait mutualisé avec les autres artisans et producteurs installés à proximité (notamment les maraîchers de Doulon-Gohards et le brasseur Tête Haute).

Élever des vaches en zone urbaine

Élément primordial de ce projet, L’Étable Nantaise se donne aussi pour objectif de trouver les espaces nécessaires aux pâturages des animaux en favorisant les espaces urbains afin de provoquer la rencontre avec les habitants et de réintroduire l’élevage en ville. 

Pensé sous un format de coopérative, les porteurs souhaitent, pour cela, impliquer tous les partenaires publics, associatifs ou privés qui ont, tout comme les éleveurs, une responsabilité dans la gestion du foncier agricole sur la métropole. Actuellement, les éleveurs de vaches nantaises entretiennent pas moins de 200 hectares de prairies (surfaces agricoles, espaces naturels sensibles, zones humides et friches) qui correspondent à des terres permanentes ou temporaires (à titre d’exemple, au Bois des Anses un projet de ZAC (zone d’aménagement concerté) a été validé et verra le jour d’ici à quelques années). Ainsi, outre Nantes Métropole et les municipalités concernées, le CIAP (Coopérative d’installation en agriculture paysanne) et la SCIC Nord-Nantes qui œuvre pour la remise en état des terres en friche font partie des partenaires impliqués.

Un troupeau de réserve en coeur de ville

Aujourd’hui, le troupeau de réserve compte déjà une quarantaine de bêtes qui pâturent sur une cinquantaine d’hectares dans le grand pré de la prairie des Mauves, sur l’île aux Hérons, sur la Loire, à Saint-Herblain et ici au Bois des Anses qui toutes participent à l’entretien de ces zones humides qui appartiennent au département, aux villes ou à l’aménageur Nantes Métropole Aménagement.  Outre son impact sur le lien social du territoire, la “Nantaise” agit aussi sur la qualité paysagère écologique des villes. Habituée des prairies humides, plutôt légère et rustique, elle possède en effet de nombreux atouts pour préserver la biodiversité des zones où elle pâture.
Les collectivités disposent de nombreux espaces à entretenir, sur lesquels notre troupeau de réserve en projet pourrait être une solution. Observe l’éleveur Benoit Rolland
Ce projet d’Étable Nantaise se donne aussi pour objectif de faire voir cette vache qui porte le nom de sa ville par ses habitants et de concrétiser le retour de la nature en ville.
C’est un projet qui permet de rapprocher les citadins de l’agriculture et des questions d’alimentation. S’enthousiasme Jean Marie Duluard, Responsable opération de Nantes Métropole aménagement
Et le résultat est déjà fort positif
Si vous voulez des citadins heureux faites venir des troupeaux de vaches dans la ville. J’ai connu le territoire sans et avec les vaches. On voit le changement. Ce n’est pas pareil un paysage pâturé ou l’herbe est fauchée par les troupeaux ou mécaniquement. Benoit en amenant des vaches n’a pas amené que des vaches, mais aussi des oiseaux et notamment les aigrettes. Elles viennent trouver leur nourriture autour des vaches. Indique Monique, l’une des responsables des jardins partagés du Bois des Anses

Un projet en voie de structuration auxquels vous êtes invités à prendre part

Parce qu’il répond à tous les enjeux actuels : environnementaux, sociaux, éducatifs et même culturels, les porteurs de projets de l’Étable Nantaise veulent désormais consolider et structurer le projet en impliquant autour de celui-ci un maximum d’acteurs (collectivités, usagers, consommateurs, associations…) tous bénéficiaires à leurs façons. Le modèle de la SCIC (Société coopérative d’intérêt collectif) est actuellement favorisé.

Pour vous impliquer ou en savoir plus sur le projet :
Contactez le collectif : etablenantaise@gmail.com