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La bergerie du Canal

Parmi ces diverses actions, l’association Les Bouillonnantes organise des visites chez des artisans et temps d’échanges entre les Chefs du bassin nantais et les paysans et artisans de la région. Nous vous racontons ici ces rencontres.

Date : 29/03/2022
Texte : Evaine Merle
Photos : Evaine Merle

C’est à Saint-Omer-De-Blain, à la croisée du canal de Nantes à Brest que Camille Delaunoy, 26 ans, vient de reprendre les rênes de la Bergerie du Canal, une ferme de 28 hectares ponctuée de haies bocagères sur laquelle paissent 45 brebis Belle-île, une race ovine locale et rustique élevée pour son lait qu’elle transforme en yaourts et en fromages. La passion pour sa nouvelle vie paysanne bien accrochée, Camille a récemment accueilli quatre génisses de race Jersiaise et Bretonne Pie Noir qui, à terme, diversifieront la gamme de produits de la ferme.

Par une journée printanière de mars, Camille et ses deux chiens nous accueillent au chant des oiseaux. Caroline, l’ancienne propriétaire des lieux, prépare le bat de son ânesse avec qui elle part dans le Finistère. Le 1er avril, Caroline sera sur les routes et Camille deviendra officiellement exploitante agricole en portage, aidée par une coopérative d’installation (CIAP), même si elle n’aime pas le terme “exploitant”, « ici, on n’exploite personne ».
Je me sens déjà paysanne parce que je me lève tous les jours et que je mange du fromage gratuit » dit-elle, un sourire au coin des lèvres.
Cette aventure, elle ne compte pas la vivre seule, deux autres personnes viendront bientôt s’installer sur la ferme pour monter, respectivement, une activité sociale et pédagogique d’accueil ainsi qu’une cuisine de transformation pour valoriser la viande de la Bergerie du Canal à travers des plats préparés.

Dans sa ferme certifiée en Agriculture Biologique, Camille ne nourrit ses bêtes qu’à l’herbe et au foin, complémentés par de l’ortie et de la prêle pour l’apport en minéraux, de l’argile et de l’ail en poudre pour lutter contre les parasites, une volonté d’autonomie et d’obtenir un produit le plus proche du terroir possible.

Caroline a déjà fait des céréales, moi je fais le choix de me simplifier la vie en ne gardant que de l’herbe. Des prairies qui vieillissent, ce sont des prairies qui se diversifient aussi en terme de flore et donc ce sont des plantes qui vont évoluer tout au long de l’année. L’alimentation des brebis change avec la flore donc le lait aussi change de qualité tout au long de l’année, on va retrouver différents arômes.

Les ovins ont accès aux haies, Camille nous explique qu’ainsi ils mangent des plantes à tanins tous les jours, antiparasitaires (tels que la tanaisie, l’écorce de chêne ou encore le thym). « Elles se régulent avec ce qu’il y a dans la nature. »

Dans les champs, les agneaux tètent avidement pendant que les brebis ruminent tranquillement. Pour préserver les sols et la santé de ses protégées, la Bergerie du Canal pratique la rotation de pâturage. Chaque semaine, les animaux changent de parcelle afin d’avoir de l’herbe nouvelle. Camille nous montre une prairie, entre deux haies bocagères fleuries. « Celle-ci je la trouve jolie, on voit qu’elle est diversifiée.»

Pour l’instant Camille est en mono-traite mais d’ici une semaine, le sevrage des agneaux va commencer et elle traira ses brebis deux fois par jour pour continuer à les stimuler. Un travail de longue haleine qui nécessite d’être à la bergerie chaque jour, dès sept heures du matin. Mais loin de s’en agacer, Camille s’émerveille des couleurs du ciel au lever du soleil

On va changer d’heure alors je vais revoir encore plus l’aube et toutes ses couleurs magnifiques. Quand on entre dans la bergerie c’est canon.

De la traite, elle sort 30 litres de lait par jour, transformés en breblochon, en tome, en tomette, en fromage à tartiner, en yaourt et en fromage blanc. Pour les fromages au lait cru, elle privilégie les ferments et levains indigènes de la ferme (créés à base de lactosérum) plutôt que les sachets industriels. Cela permet d’obtenir des produits où s’exprime en bouche toute la typicité du troupeau et du terroir. Le petit lait restant, quant à lui, fait le bonheur des cochons Longué, une race originaire des Pays de la Loire qu’elle garde huit mois avant abattage et qui en ce début de printemps coulent des jours paisibles à l’entrée de la ferme, profitant du soleil et se roulant dans la boue.

Pour la saison prochaine, Camille va augmenter son cheptel et sa production, tout en conservant ce lien qu’elle tisse avec chaque animal présent sur le lieu.
J’aime bien connaître toutes mes bêtes, savoir les reconnaître, connaître leur comportement et savoir voir dès qu’il y a quelque chose qui ne va pas, qu’il y a quelque chose de différent et pouvoir réagir tout de suite.
D’ailleurs quand elle passe le pied dans un pré, les animaux arrivent au galop, que ce soit son cheval, ses génisses ou ses chevrettes. Un licol sur l’épaule, Camille est d’ailleurs venu chercher ici l’une des chèvres, souffre-douleur du groupe, qu’elle va donner à une amie.
Si la Bergerie du Canal est en pleine passation, la ferme garde ses lignes conductrices : conserver une belle autonomie et de vendre, uniquement en circuit-court et localement, des produits sains, respectueux de l’environnement, issus de bêtes bien dans leur tête et dans leur champs.
Pour moi c’est important de les voir comme ça en pleine forme et le lait c’est un plus. C’est ce qu’elles me donnent, je leur dit merci tous les matins.
Ces produits empreints de la passion de leur nouvelle paysanne-fromagère, Camille, se découvrent lors de la vente à la Ferme que Camille organise chaque mercredi, chez quelques restaurateurs nantais et épiceries vrac (dont Ô Bocal à Nantes).

Et pour ceux qui voudraient, comme nous, aller s’émerveiller de cet havre bocager, la Bergerie du Canal organise le 21 mai prochain un petit événement où se côtoieront concert et tonte des moutons et brebis.