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Manger responsable : la saisonnalité avant tout !

Texte : Laurence Goubet (extrait du livre Le Goût de Nantes)
Photos : Paul Stefanaggi 

Vaut-il mieux manger des produits locaux ou des produits bios ? la réponse n’est généralement pas celle qu’on attend… car derrière cette question se cache l’enjeu primordial de la saisonnalité !

Bien trop souvent, les étals de nos supermarchés (et même de nos primeurs) regorgent toute l’année de tomates, de pommes, de courgettes, de basilic, de radis, de pommes de terre nouvelles… affichant fièrement la mention “Origine France”.

Une référence au local qui rassure et nous laisse à penser que, puisque ces produits poussent dans notre jolie contrée, sans avoir parcouru des centaines, voire des milliers de kilomètres dans un camion réfrigéré roulant au gazole, notre acte d’achat est responsable. C’est ignorer là que la culture de ces fruits et de ces légumes répond à des besoins d’ensoleillement, de températures, de nutriments, d’eau… qui varient selon le cycle naturel des saisons.

 
Comment sont produits les légumes hors saison ?

Un certain nombre de méthodes agricoles (avec une intervention maximale de l’homme) leur permettent de pousser en dehors de leur cycle naturel. Cela nécessite généralement l’utilisation de serres chauffées, d’un éclairage artificiel, de méthodes de cultures hors sol où chaque plant est alimenté manuellement de nutriments. Cela peut impliquer aussi la transformation industrielle des semences et l’utilisation d’intrants divers et variés (produits phytosanitaires, activateurs de croissance, fertilisants importés)… dont plusieurs études sérieuses pointent du doigt les effets néfastes sur la santé. Notons d’ailleurs que parmi ces méthodes, certaines sont autorisées en agriculture biologique (telles que le recours aux serres chauffées)…

Faut-il préférer consommer local ou bio ?

L’impact sanitaire et environnemental de ces pratiques, qui nécessitent une forte consommation énergétique et entraînent une pollution à long terme des sols et des eaux, est à prendre en compte au même titre que la pollution provoquée par leur transport.

Les études récentes (notamment menées par l’ADEME – L’Agence Nationale de l’Environnement et de la Maîtrise d’Énergie) ont montré qu’une tomate vendue en circuit court, localement, est susceptible d’afficher un bilan carbone supérieur à celui d’une tomate importée depuis l’Afrique du Nord dès lors qu’elle est produite hors saison sous serre chauffée, tandis que la seconde sera produite en plein air, en agriculture biologique.

Il est donc avant tout préférable de consommer des produits de saison.

Comment choisir ses fruits et légumes ?

De telles contradictions nous amènent en effet à remettre en question les problématiques d’affichage et d’information du consommateur quant aux provenances et aux labels.

Il est donc primordial que le consommateur connaisse les saisons naturelles de chaque fruit et légume selon leur terroir, afin de mieux appréhender le mode de culture inhérent à leur disponibilité sur l’étal.

Il convient aussi de s’intéresser aux valeurs défendues par le commerçant ou le producteur et à la philosophie avec laquelle ceux-ci cultivent ou sélectionnent leurs produits.

Une tomate vendue en circuit court, localement, est susceptible d’afficher un bilan carbone supérieur à celui d’une tomate importée depuis l’Afrique du Nord, dès lors qu’elle est produite hors saison, sous serre chauffée.

Cela implique aussi d’apprendre à se passer de certains produits durant certaines saisons (si vous regrettez de ne pouvoir mettre de tomates dans votre hamburger en hiver, imaginez alors quel plaisir vous aurez à redécouvrir ce fruit à la belle saison, quand il sera gorgé de tout le soleil qui lui a permis de mûrir naturellement).

Alors, réjouissons-nous que la biodiversité qui nous entoure nous offre tant d’alternatives possibles.
Ce que nos Chefs rassemblés ici n’ont eu de cesse de vous prouver.

Une alimentation bio et locale coûte-t-elle plus cher ?

Une alimentation de qualité coûte en effet souvent plus cher. Souvent afin d’offrir un revenu et des conditions de travail justes et qualitatives aux producteurs.
Il ne faut pas oublier, pour autant, que de trop nombreuses personnes ont des moyens limités. Mais ne prendre en compte que le coût financier de l’acheteur c’est oublier le coût environnemental et sanitaire d’une alimentation peu durable.

Notez d’ailleurs que, dans les années 1960, les Français consacraient 35 % de leur budget à leur alimentation, quand, aujourd’hui, cette part est tombée à tout juste 15 %.