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Micro Ferme de la Butte - Permaculture - Photo Paul Stefanaggi

La micro-ferme de la Butte en permaculture

Cet article a été écrit dans le cadre d’une carte blanche donnée à Nicolas Guiet, Chef de L’U.Ni.
Homme de passion, de valeur et de partage, Les Bouillonnantes lui a proposé de choisir les sujets de ce magazine et est allé rencontrer et interroger ces acteurs qu’il a souhaité mettre en avant.

Textes de Laurence Goubet
Photos de Paul Stefanaggi

Rapidement, quand on découvre L’U.Ni on entrevoit l’attachement profond de Nicolas Guiet au terroir local, à son histoire, à la biodiversité de cette nature qui entoure Nantes, et à ses hommes, maraîchers, vignerons et éleveurs qui par leur travail engagé lui fournissent ces produits qui sont l’expression gustative de ce terroir. 

Commençons avec le végétal. “Mon univers, mon essence même.
Nicolas travaille principalement depuis 1 an avec la Micro-Ferme de la Butte installée à Maisdon-sur-Sèvre au cœur du vignoble nantais. “Une rencontre humaine, avec beaucoup de simplicité.

Sur 1,5 ha, trois reconvertis y cultivent en permaculture plus de 400 variétés de fruits, herbes et légumes et prônent là une façon intelligente de pratiquer l’agriculture tant dans la démarche paysanne, entrepreneuriale que culturelle. 

Micro Ferme de la Butte - Permaculture - Photo Paul Stefanaggi

Au cœur du vignoble

La micro-ferme de la butte c’est l’aventure de Jeronimo Lemonnier, Patrice Pageot, Pierric Vinet.
3 comparses et amis qui ont à cœur de nous accueillir et nous partagent avec enthousiasme et fierté les premiers résultats de leurs expérimentations.

Tous trois se rencontrent à une période de leur vie où la transition est nécessaire.
Pierric, qui travaillait depuis longtemps dans l’agrobusiness au sein du groupe Terrena, ne se projette plus dans ce monde agricole où l’utilisation des pesticides fait partie des rouages habituels.
Après un essai de start-up dans le vin, il décide d’investir le terrain de ses parents, resté en friche pendant 12 ans et où s’est épanouie une forêt d’acacia.
Ici même, comme partout dans la région, il y avait des vignes, entretenues à coup de produits phytosanitaires, avant que le père de Pierric ne profite de la prime d’arrachage pour cesser son activité.

Mais si, sur ce sol en pente fait de granite de Clisson, la vigne aime s’exprimer, il n’en est pas de même pour le maraîchage. Ce terrain très sableux voir caillouteux est très filtrant et ne retient pas l’eau. Après des années de maltraitance, le vivant y est peu présent et les premières analyses pointent cette pauvreté nutritionnelle et une acidité peu propice à voir les herbes pousser.
Les 12 années en friche ont permis de commencer à régénérer celui-ci, mais ils savent qu’il leur faudra encore du temps pour redonner vie au vivant.
Les 3 associés projettent leur autonomie financière à 5 ans et s’arment de courage et de patience.

Micro Ferme de la Butte - Permaculture - Photo Paul Stefanaggi

La permaculture, un terrain d’expérimentation

Après avoir vu un documentaire sur la ferme du bec hellouin, lancée en 2007 en Normandie et pionnière en matière de pratiques permacoles en France, ils s’intéressent de près à ces méthodes à la fois ancestrales et modernes et décident de les appliquer au maximum sur les 1,5 ha de terrain dont ils disposent.

Ils lisent, se documentent, échangent avec ceux qui ont réussi, mais aussi avec ceux qui ont manqué leur coup, et se lancent dans l’aventure avant même d’avoir fini de construire le système d’arrosage ou la serre de 700m2. (Si bien que l’inauguration de la ferme aura lieu seulement en juin 2020).

Comme nous l’expliquons dans cet article, la permaculture c’est avant tout une philosophie.
Expérimenter, interroger, observer, noter, apprendre de ses erreurs et partager son savoir.

Micro Ferme de la Butte - Permaculture - Photo Paul StefanaggiAncien paysagiste, Patrice se charge des semis sur place. Grâce aux bourses de graines et à de nombreux échanges, la ferme comptabilise à ce jour déjà plus de 400 variétés de plantes.

À la technique et la soif de découvertes s’ajoute le jeu. Ils plantent de nombreux arbres fruitiers, dont des agrumes d’une pépinière installée en Vendée qui valorise les arbustes robustes, sèment 42 espèces différentes de tomate, essaient de faire pousser des graines que des amis leur ramènent de voyage, et découvrent ainsi les épinards du Sri-Lanka, le melon banana, l’asiminier paw-paw qui donnera, si tout va bien, un fruit proche de la mangue, ou le kiwano (photo ci dessous), un légume-fruit de la famille des cucurbitacées dont le goût oscille du melon à la banane selon sa maturité.

“J’ai aussi été enchanté dans leur démarche, par leur recherche de diversité variétale et ce besoin de nouveauté, cette envie de découvertes et d’avancer” me confie Nicolas Guiet à leur sujet.

Depuis peu, ils expérimentent aussi l’électroculture, une pratique ancestrale favorable au développement cellulaire et qui vise à stimuler la croissance des plantes en les soumettant à des champs magnétiques, créés naturellement notamment par le biais de fils de cuivre, entre le sol, chargé négativement et l’air ambiant chargé positivement.

 

Micro Ferme de la Butte - Permaculture - Photo Paul Stefanaggi

Diversifier leurs activités

Les 3 paysans nous le confient, loin d’eux l’idée de ne faire que du plantage et du ramassage.
Sur place, une petite boutique accueille les clients les mercredi et vendredi soir et leur propose, outre les produits de la ferme, des produits locaux : bière, miel, vin…

Le terrain compte aussi deux ruches, des lapins que les enfants s’empressent d’aller voir à chaque visite, des poules qui leur donneront prochainement les oeufs de la boutique et les œuvres d’art de Jeronimo.
On y trouve également une yourte dédiée aux réunions et séminaires d’entreprises pour tous ceux qui voudraient brainstormer au milieu d’un cadre inspirant. 

Mais Pierric, Patrice et Jeronimo souhaitent avant tout s’inscrire dans une démarche plus globale de transmission. C’est à cette fin qu’ils ont initié l’association “La Source” qui a pour vocation de fédérer autour de leur projet les personnes et acteurs s’intéressant à ces pratiques agricoles innovantes, écologiques et autonomes afin de partager leur savoir, de valoriser la biodiversité et la réhabilitation de variétés anciennes, de promouvoir la paysannerie et de soutenir les diverses initiatives locales.

Preuve que les mentalités évoluent, petit à petit, urbains et anciens viennent à eux, donnent un coup de main et s’intéressent ainsi au travail hasardeux de ces trois amoureux de la nature.

Micro Ferme de la Butte - Permaculture - Photo Paul Stefanaggi

Un partenariat avec les Chefs

Une entreprise à taille humaine, trois personnalités volontaires et engagées, un projet qui se construit, tourné vers l’expérimentation… il n’en fallait pas plus pour séduire Nicolas Guiet.

Rapidement, le Chef découvre que cela va plus loi

Il était intéressant pour moi de trouver un autre terroir que ceux exploités par mes autres maraîchers. On se rend compte que, comme pour le vin, la localisation et les spécificités du sol vont avoir une influence certaine sur les goûts. Les maturités se font à des périodes différentes et amènent donc une complémentarité.

Pierric le confirme. Il est certain qu’à la micro-ferme de la Butte, gustativement, les légumes sont marqués par ce sol minéral et ce sous-sol très sableux. 

La micro-ferme fournit seulement deux restaurants : l’Auberge de la Gaillotière à Château Thébaud et L’U.Ni.

À chacun ils ont précisé leur envie de travailler en bonne intelligence et de construire un partenariat vertueux dont la clé est la communication : les commandes des Chefs font fonction des récoltes. Ainsi quand Patrice fin octobre fait part à Nicolas qu’il a encore des aubergines dont plus personne ne veut déjà, ce dernier s’empresse de lui en prendre 5kg qu’il travaillera avec de la poire et du wasabi pour son menu déjeuner. “Parce que c’est aussi mon rôle de les aider”.

Nicolas vient les voir dès qu’il peut. Il leur fait son retour sur les légumes livrés, partage ses façons de les travailler. Un moment important pour les trois maraîchers qui en profitent pour l’interroger sur les prix pratiqués et écouter les envies du Chef quant à de nouvelles variétés qu’ils pourraient cultiver.

Pierric, Patrice et Jeronimo sont indéniablement fiers que leurs fruits et légumes soient si bien mis en valeur dans les assiettes de l’U.Ni.
Avant que leur micro-ferme soit autonome, c’est déjà là une première victoire.

Micro Ferme de la Butte - Permaculture - Photo Paul Stefanaggi