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Au jardin de Marion : petits fruits et safran

Parmi ces diverses actions, l’association Les Bouillonnantes organise des visites de ferme et temps d’échanges entre les Chefs du bassin nantais et les paysans et artisans de la région. Nous vous racontons ici ces rencontres.

Date : 31/05/2021
Texte : Ewan Le Pollès
Photographie : Élodie Liétin

À Saffré, Marion Seguin est productrice de petits fruits et de safran. Les Chefs membres de l’association Les Bouillonnantes ont eu la chance de découvrir son jardin, également ouvert chaque semaine à la libre cueillette. 

Après avoir effectué en Ardèche, une formation tournée vers les plantes médicinales et aromatiques, Marion s’est installée au Moulin Roty, à Saffré, en tant que productrice de petits fruits et de safran qu’elle cultive en agriculture biologique sur 1,5 hectares. 

De succulents et divers petits fruits

C’est une multitude de variétés de petits fruits qui poussent dans ce jardin à taille humaine. Des variétés diverses de fraises, framboises, groseilles, cassis et mûroises. 

Du côté des fraises, Marion produit de la Cireine, de la Ciflorette, de la favette, de la belrubis et de la Rubis des jardins, qui de part sa robe rouge foncée porte son nom à merveille. Des pieds de Cigaline, plus anciens, donnent encore de délicieuses fraises mais de très petit calibre. “Un vrai bonbon” d’après Marion. 

La mûroise (ou loganberry) issue d’un croisement entre un mûrier et un framboisier, est plus grosse qu’une framboise et a l’avantage d’être pleine (comme une mûre). Assez acide la première année, Marion nous affirme que les mûroises de l’année passée étaient exquises. Un sentiment partagé par ses clients. La récolte commence généralement entre mi-juin et mi-juillet. 

Elle cultive 4 variétés de framboises, de printemps ou remontantes, et Marion propose également plusieurs variétés de baies.  Côté groseille : blanche, Gloire des Sablons, Mulka, Fertodi, Junifer, London Market et Wilder.  Côté cassis : Andega, Arno, Tradimel, Black Down, Noir de Bourgogne et Royal de Naples, ces deux dernières variétés étant les plus appréciées pour la fabrication des liqueurs. 

La plupart des cassissiers et groseilliers ont gelé au printemps dernier : preuve que les gelées se sont montrées particulièrement impitoyables cette année. 

On découvre également les baies d’Aronia, réputées âpres et astringentes, que Marion vend séchées pour leurs valeurs nutritionnelles. Une baie excellente en compotée, avec un peu de miel et des oignons, nous précise Mathieu Pérou, chef du restaurant étoilé Le Manoir de la Régate. 

À l’automne prochain, Marion aura également des myrtilles. 

L’or rouge du Jardin de Marion

En parallèle des petits fruits, Marion cultive du safran afin d’en récolter les pistils tant convoités. Une façon pour elle d’équilibrer ses revenus, mais aussi de renouer avec sa spécialisation initiale en plantes médicinales et aromatiques. 

Nous dégustons deux safrans différents : un safran doux et florale conservé en récipient hermétique. Et un safran plus corsé, mené comme une plante médicale, qui évolue au fil du temps et prend des notes poivrées.
L’occasion pour Marion de nous rappeler le dur labeur de l’or rouge, qui justifie son prix final.

Cela prend près d’une heure pour cueillir 1000 fleurs. Puis 3heures pour les émonder. Ce qui représente en définitive à peine 5 grammes de safran.

Si elle est aujourd’hui en capacité de produire quelque 200 grammes par an, elle aimerait augmenter la production afin d’atteindre les 300 grammes. Mais pour cela, il va falloir qu’elle vienne à bout des ravageurs (mulots et campagnols) qui ont entièrement détruit ses bulbes cette année.

S'adapter à la nature

Depuis son installation, Marion doit redoubler d’ingéniosité face aux divers obstacles que la nature lui impose. 

Son principal problème répond au nom de drosophila suzukii, un petit moucheron asiatique importé en Europe en 2008 et bien connu de tous les producteurs de fruits rouges. Il aime particulièrement les petits fruits pour pondre ses œufs, qui lors de l’éclosion les abîment, le rendant “compote” et aigre. 

La seule solution pour éviter l’éclosion consiste à récolter tous les deux jours, et après récolte à consommer le fruit le plus tôt possible ou à le mettre au frais ou le congeler pour empêcher l’éclosion.

Sa crainte de distribuer des fruits infectés l’a jusqu’alors empêché de travailler davantage avec les professionnels. 

“Je ne veux pas que mon produit soit dévalorisé et qu’en parallèle les professionnels se retrouvent embêtés avec de mauvais fruits” nous avoue Marion. 

Si beaucoup de producteurs de fruits en bio et en culture pleine terre sont concernés par la drosophila suzukii – d’autant plus ceux pratiquant la libre cueillette – on remarquera que très peu communiquent sur le problème. 

 

Marion a également essuyé des pertes importantes dues aux gelées tardives du printemps 2021. “Pour l’instant, il n’y a que les fraises. À la même époque l’année dernière, j’avais déjà de la mûroise, de la framboise, on commençait à avoir de la groseille. Le temps ne l’a pas permis cette année, tout est en retard ou mort à cause du froid. ” 

Un jardin vivant

Malgré toutes ces péripéties de la nature, Marion ne déroge pas à ses principes. Elle a à cœur de créer un lieu vivant, à l’image de sa philosophie. 

Elle respecte ainsi un cycle de 9 ans : 3 ans en culture et 6 ans en jachère. Un roulement qui assure le repos des sols et une meilleure qualité du fruit. 

Au fond de son exploitation, on distingue des ruches qui aident à la pollinisation des fleurs, en plus des bourdons et abeilles sauvages qui butinent déjà le jardin. Également, un bassin de rétention qui accueille grenouilles, tritons, salamandres, couleuvres… 

Dans cet ancien pré qui n’a pas connu d’intrants chimiques depuis 30 ans, Marion poursuit la préservation du vivant dans ce lieu. “L’écosystème doit se refaire.” dit-elle. 

Un travail mené en agriculture biologique qui demande du temps. Le désherbage se fait uniquement à la main, et Marion ne dispose plus, en pleine saison, que d’une journée par semaine consacrée à l’entretien de ses cultures. Hormis sa stagiaire qui l’accompagne pendant deux semaines au moment de la visite, elle n’est pas encore en capacité d’embaucher nous précise-t-elle. Reste son compagnon et son père à la retraite, qui lui apportent tous deux une aide précieuse. 

“S’ils n’avaient pas été là, je n’aurais pas monté le même projet.”